La Saint Chronique

une source, une ressource

Cette image me plaît, m’inspire aujourd’hui. J’ai la chance actuellement de pouvoir, chaque matin, prendre le temps de concentrer mon Être sur le billet du jour. Jamais je n’ai autant eu la possibilité d’écrire. Ainsi que la volonté. Et l’inspiration. Une multitude de sujets encombre mon esprit, à tel point que je ne sais en général pas par lequel je vais commencer, ni celui qui surgira de mes doigts au moment où j’écrirai. Tous mes billets depuis le début du mois de septembre ont été écrits ainsi : je trouve un titre, je choisis une illustration, je pose mes doigts sur le clavier et ça coule. Au début, c’était encore très hésitant et je me raccrochais souvent à des extraits de documents (livres, articles, trouvailles sur Internet) comme à des bouées de sauvetage. Et, petit à petit, la vanne s’ouvre. Je ne veux m’empêcher de rien. Des extraits, des citations, il y en aura encore, au gré de mes envies, de mes intuitions. Ce qui pour moi est essence-ciel aujourd’hui, c’est que mes doigts courent sur le clavier, que mon intérieur s’exprime et que la peur m’ait quittée. Mon père dessinait. Sur les nappes en papier, attablé au bistrot. Sur les plans qu’il traçait pour construire des maisons. Sur des blocs-notes quadrillés achetés au magasin du coin. J’ai toujours vu mon père, la pipe au bec, une boîte d’allumettes dans une main, un stylo d’architecte dans l’autre.

Mes frères aussi dessinent. Magnifiquement bien, d’ailleurs. L’un des bijoux, l’autre des femmes, son sujet de prédilection après les oiseaux et les fauves. Et moi, j’ai toujours eu une main gauche pour le dessin ! Vraiment empotée. Pas d’héritage à brandir de ce côté-là. Le conditionnement y a aussi été pour quelque chose, je pense. Et j’ai regardé des heures et des heures mes frères dessiner, décalquer, monter, imaginer, colorier. Envieuse. Presque jalouse. Je me sentais petite.

A la sortie de l’adolescence, c’est le verbe, le mot, qui m’a aidée. Mon père encore bien vivant m’encourageait dans cette voie. A cette époque, il était devenu mon pilier, la personne qui croyait en moi, qui me poussait vers l’inconnu, la bohème et l’art de l’écriture. Je voulais fermement devenir journaliste, il polémiquait avec moi des heures entières au coin du feu, en buvant une bonne bouteille de vin. Nous refaisions le monde. Encore et encore. Cela n’a malheureusement pas duré. J’avais 20 ans depuis deux semaines quand ma mère m’a réveillée un matin, avec un ami de la famille, pour m’annoncer que mon père était mort électrocuté sur une ligne de chemin de fer à crémaillère en Valais. Eh oui, en 1984, mon père était la neuvième victime humaine d’une ligne à haute tension, à nu, qui longeait les rails de ce train de montagne… Pour l’anecdote (!), en 2001 un de mes amis s’est renseigné au Service de l’urbanisme ou de l’équipement du territoire en Valais. Il voulait savoir comment c’était possible et si cette ligne à haute tension était encore à nu. La réponse qui lui fut faite m’a abasourdie : non, Monsieur, le système a été changé il y a quelques années, il y avait vraiment trop d’animaux sauvages qui mouraient sur cette ligne ! Du jour au lendemain, plus de pilier… Du coup, plus d’encouragement. Mais, en premier lieu, la douleur.

D’abord, trouver la force de continuer à vivre. Et mes tripes n’ont plus réussi à écrire un seul mot. Des jets sortaient parfois, emplis de souffrance et d’égocentrisme. Je les cachais au fond de l’armoire et je serrais les dents. Avec force. Ce matin, un ami m’a corrigée. J’avais utilisé le mot ‘force’ pour exprimer ma relation à la Vie et au sens. Il m’a répondu : la source, plutôt . J’avais trouvé le titre sans savoir où cela allait m’emmener. Et je n’avais pas encore trouvé le sens. Là, juste maintenant, il est devant moi. J’ai serré les dents avec force, pour tenir. Pendant 27 ans. Ce faisant, j’ai coupé le canal qui permettait à mon Être de s’exprimer. Je ne m’en veux pas. J’ai ainsi sauvé ma vie. Il m’a fallu cependant beaucoup de temps pour guérir et enfin accepter que, heureuse ou malheureuse, je procède de mes parents et je m’en libère. Ils ont été la ressource, je suis la source.

Mains Tenant, octobre 2011

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