La Saint Chronique

travailler à travers le désespoir environnemental

EJC flier Oct 16

Je vous propose ci-après en plusieurs parties une traduction (personnelle) de l’article dont j’ai parlé dans le billet précédent Working through Environmental Despair

 

Source : Joanna Macy, WORKING THROUGH ENVIRONMENTAL DESPAIR
in : Ecopsychology, Roszak, Gomes, & Kanner, eds., (Sierra Club 1995)

traduction ©Mains Tenant

 

le désespoir environnemental : 1ère partie

TRAVAILLER à travers le désespoir environnemental
[Joanna Macy]

Jusqu’à la fin du XXe siècle, chaque génération à travers l’histoire a vécu avec la certitude tacite qu’il y aurait des générations à venir. Chacun supposait, sans le remettre en cause, que ses enfants et petits-enfants sauraient marcher sur la même terre, sous le même ciel. Les difficultés, les échecs, et même la mort, ont été englobés dans cette vaste assurance de continuité. Cette certitude est maintenant perdue pour nous, quelles que soient nos politiques. Cette perte, non mesurée et incommensurable, est la réalité psychologique essentielle de notre temps.
Les réponses qui découlent de cette réalité sont aggravées par de nombreux sentiments. Il y a le sentiment de terreur à l’idée de la souffrance qui attend nos proches et les autres. Il y a de la rage à vivre nos vies sous la menace d’une fin tellement évitable et sans aucun sens de l’entreprise humaine. Il y a celui de la culpabilité ; car en tant que membres de la société, nous nous sentons impliqués dans cette catastrophe et hantés par l’idée que nous devrions être en mesure de l’éviter. Et surtout, il y a la douleur. Face à une si vaste et ultime perte, la tristesse est au-delà de l’indicible.

Cependant, même ces termes – la colère, la peur, la tristesse – sont inadéquats pour transmettre les sentiments que nous éprouvons dans ce contexte. Ils évoquent les émotions longtemps familières à notre espèce face à l’inéluctabilité de la mort. Mais les sentiments qui nous assaillent aujourd’hui ne peuvent pas être assimilés à la crainte de notre propre disparition individuelle. Leur source se trouve autant dans les préoccupations pour le soi personnel que dans les appréhensions de la souffrance collective – ce qui se passe pour les autres, pour la vie humaine et d’autres espèces, à l’héritage que nous partageons, aux générations à naître et à venir, jusqu’à notre belle planète bleue, un rouage dans l’espace.

Ce dont il est question ici est semblable au sens premier de la compassion : « souffrir avec ». C’est la détresse que nous ressentons dans le cadre de l’ ensemble plus vaste dont nous faisons partie. C’est notre douleur pour le monde.
Personne n’est exempt de cette douleur, pas plus que l’on ne peut exister seul et auto-suffisant dans un espace vide. Il est indissociable des courants de matière, d’énergie et d’information qui circulent à travers nous et nous soutiennent comme des systèmes ouverts interconnectés. Nous ne sommes pas séparés du reste du monde, nous faisons plutôt partie intégrante de celui-ci, comme les cellules dans un ensemble plus grand. Quand une partie de ce corps est traumatisé – par les souffrances vécues par d’autres êtres, par le pillage de notre planète, et même dans la violation des générations futures – nous ressentons également ce traumatisme. Lorsque le système de dimension et de niveau supérieur tombe malade, comme c’est le cas au temps présent de l’exploitation et de la technologie nucléaire, la perturbation que nous ressentons à un niveau semi-conscient est aiguë. Comme les décharges de douleur dans tout organisme malade, ils servent un but positif ; ces lancées de douleur sont des signaux d’avertissement.
Pourtant, nous avons tendance à réprimer cette douleur. Nous la bloquons parce qu’elle nous fait mal, parce qu’elle est effrayante, et surtout parce que nous ne la comprenons pas et la considérons comme un dysfonctionnement, une aberration, un signe de faiblesse personnelle. En tant que société, nous sommes pris entre le sentiment d’apocalypse imminente et la peur de l’avouer. Dans ce lieu de « captation », nos réponses sont bloquées et confuses.
Le résultat en est trois stratégies psychologiques répandues :

• l’incrédulité,
• le déni , et
• une double vie.

 

Incrédulité

Bien que j’aie consacré une grande partie de ma vie au mouvement pour l’environnement, je trouve qu’il est souvent difficile de saisir la réalité des dangers auxquels nous sommes confrontés. Les toxines dans l’air, la nourriture et l’eau sont difficiles à goûter ou sentir. L’ampleur en superficie des coupes à blanc et les décharges sont la plupart du temps soustraites de la vue du public. L’appauvrissement de la grande Ogallala Aquifer et la destruction de la couche d’ozone protectrice sont des sujets de préoccupation, mais leur niveau d’abstraction en est exaspérant. Les choses qui disparaissent – les grenouilles ou la terre végétale ou le rossignol – ne sont pas plus susceptibles d’attirer mon attention que ce qui me reste à percevoir. Et les changements les plus perceptibles, tels la couche de smog au-dessus de ma ville ou les particules de pétrole sur la plage, augmentent de manière tellement progressive qu’ils en arrivent à faire partie de la vie normale. Bien qu’omniprésents, ces changements sont subtils, rendant d’autant plus difficiles à croire la gravité et l’urgence de la crise dans laquelle nous nous trouvons.

 

Déni / dénégation

De telles difficultés de perception ont tendance à faire de la crise écologique une question de conjecture et de débat ; et ceci rend à son tour facile la propension à glisser dans le déni. On peut alors se réfugier dans le rejet, écarter l’idée que les choses vont aussi mal que les rapports et la rhétorique du mouvement pour l’environnement le suggèrent. Nous pouvons choisir de considérer les écologistes les plus radicaux comme représentant des « intérêts particuliers », de ridiculiser leurs prophéties de malheur et d’attaquer leurs motivations. Le déni est facilité, en outre, par la multiplicité même des facteurs en jeu dans la crise planétaire. Les conditions se détériorent dans de nombreuses dimensions simultanément : la pénurie d’eau, le rejet de substances toxiques, la perte des zones humides, la déforestation, l’effet de serre, et ainsi de suite. Bien que chaque thématique soit déjà le reflet d’une situation critique, c’est leur interaction qui menace le plus notre biosphère, car elles s’aggravent mutuellement de manière systémique. Cependant, ce sont précisément ces interactions systémiques qui sont difficiles à voir, notamment pour une culture non instruite à la perception des relations.

 

Double vie

Ainsi nous avons tendance à vivre notre vie comme si rien n’avait changé, tout en sachant que tout a changé. C’est ce que Robert Lifton a appelé mener une « double vie ». À un certain niveau, nous maintenons une capacité plus ou moins optimiste de continuer comme d’habitude, se lever le matin et se rappeler quelle chaussure va à quel pied, accompagner les enfants à l’école, aller à nos rendez-vous, encourager nos amis. Pendant tout ce temps, il y a en arrière-plan une prise de conscience sans forme particulière que notre monde pourrait être gravement endommagé à tout moment. Impressionnante et sans précédent dans l’histoire de l’humanité, la conscience se cache là, accompagnée d’une angoisse au-delà du nommable. A moins que nous ne réussissions à reconnaître et à intégrer cette conscience angoissée, nous la réprimons ; et cette répression emporte avec elle l’énergie dont nous avons besoin pour agir et penser clairement.

 

Beaucoup d’entre nous ont déjà fait l’expérience de réagir dans un cas d’urgence. Nous nous sommes peut-être précipités pour éteindre un incendie, ou avons tiré en arrière un ami au passage d’un poids lourd, ou couru pour sauver un enfant tombé dans l’eau profonde. Chacun de nous a la capacité de tout laisser tomber et d’agir. Ce pouvoir d’agir est le nôtre dans la situation actuelle de péril, d’autant plus depuis que nous ne sommes pas seuls. Aucune autorité extérieure ne nous réduit au silence, aucune force extérieure ne nous empêche de répondre avec toute notre force et notre courage au danger actuel qui menace la vie sur Terre. C’est quelque chose à l’intérieur de nous qui étouffe nos réponses.
Qu’est-ce qui nous amène à réprimer notre conscience du danger, à regarder beaucoup d’entre nous dans l’incrédulité, de déni, et une double vie ? Je crois qu’un élément de réponse à cette question tient pour une part essentielle dans l’action politique environnementale. Découvrir les racines profondes de la répression fait partie de ce que la psychologie peut offrir aux écologistes dans la poursuite de leur travail.

Cela se produira à la condition que les psychologues prennent conscience de l’importance de la crise environnementale dans la vie de leurs clients. Mais du fait du biais individualiste de la psychothérapie traditionnelle, nous avons été conditionnés à penser que nous sommes essentiellement des ‘moi’ distincts (separate selves), poussés par des pulsions agressives, en compétition pour une place au soleil. À la lumière de ces hypothèses, les psychothérapeutes ont tendance à voir nos réactions affectives à la situation du monde comme dysfonctionnelles et à en faire peu de cas. Par conséquent, nous avons du mal à créditer l’idée que les préoccupations pour le bien-être général pourraient être assez authentiques et assez aiguës pour causer de la détresse. En supposant que toutes nos conduites (all our drives) sont générées par l’ego, les thérapeutes ont tendance à considérer les sentiments de désespoir pour notre planète comme des manifestations d’une névrose personnelle. Une fois, quand j’ai parlé à un psychothérapeute de mon indignation concernant la destruction des vieilles forêts, elle m’a informée que les bulldozers représentaient ma libido et que ma détresse jaillissait de ma peur face à ma propre sexualité. Un professeur m’a écrit, disant: « Même dans mon groupe de thérapie, j’ai arrêté de parler de mes peurs de contamination par les déchets toxiques près de notre ville. Les autres n’arrêtaient pas de dire : « Qu’est-ce que vous perdez votre temps à vous créer de tels soucis ? ».

Beaucoup de gens, conditionnés à ne prendre au sérieux que les sentiments qui se rapportent à notre bien-être immédiat, trouvent étrange de penser que nous pouvons souffrir au nom de la plus grande société et au nom de notre planète et que cette souffrance est réelle, valide et saine.

Les craintes qui nous retiennent « captifs »
• La peur de la douleur
• La peur de paraître morbide
• La peur de paraître stupide
• La peur de culpabilité
• La peur de causer de la détresse
• La peur de provoquer des catastrophes
• La peur de paraître antipatriotique
• La peur du doute religieux
• La peur de paraître trop émotionnelle
• La peur de se sentir impuissant


Depuis plusieurs années, dans les ateliers que j’ai dirigés à la recherche de l’autonomisation face au désespoir (empowerment ouf of despair), j’ai trouvé utile de commencer par énumérer les peurs qui nous retiennent captifs et inhibent l’action. Voici quelques-uns d’entre eux :

La peur de la douleur
Notre culture nous conditionne à considérer la douleur comme dysfonctionnelle. Il existe des pilules pour maux de tête, mal de dos, les névralgies diverses, et le syndrome mais pas de pilules, ni de gélules ou des comprimés contre cette douleur pour le monde. Pas même une boisson bien raide pour nous aider. Comme Kevin McVeigh le dit dans ses ateliers de désespoir et autonomisation : « Ce n’est pas la survivance qui est le problème, ce sont les sentiments suscités par la destruction possible qui se profile qui sont les plus effrayants. Et comme ils sont considérés comme trop désagréable à endurer, ils sont totalement ‘mis hors tension’ (turned off). C’est l’état d’engourdissement psychique. » De nous autoriser à ressentir de la crainte pour le monde n’est pas seulement douloureux, mais effrayant ; cela semble menacer notre capacité à faire face. Nous craignons qu’en nous laissant complètement aller à l’expérience de cette peur, nous pourrions nous écrouler, perdre le contrôle, ou y être embourbés de manière durable.
La peur de paraître morbide
Une confiance optimiste en l’avenir a été une caractéristique du caractère américain et une source de fierté nationale. À en juger par les publicités et les campagnes politiques au niveau national, la personne qui a réussi déborde d’optimisme. Dans un tel contexte culturel, les sentiments d’angoisse et de désespoir pour notre monde peuvent sembler être un échec au maintien de la persévérance (stamina) ou même de la compétence.
La peur de paraître stupide
Notre culture valorise la compétence. Elle nous conditionne à espérer des solutions instantanées. « Ne me présenter aucun problème, à moins que vous ayez la solution », avait l’habitude de dire Lyndon Johnson pendant la guerre du Vietnam. De même aujourd’hui, beaucoup pensent que nous ne devrions pas nous plaindre d’une situation, à moins que nous n’ayons déjà mis au point une «solution» spécifique. Il est difficile d’exprimer de la crainte à propos des émissions radioactives provenant d’un réacteur nucléaire à proximité, par exemple, sans se retrouver empêtré dans un débat sur les besoins en électricité de notre société et mis au défi de produire une stratégie énergétique alternative. Si nous ne pouvons pas ensuite afficher un impressionnant éventail de faits et de chiffres sur les effets biologiques des rayonnements de bas niveau et sur la faisabilité économique immédiate de voies d’énergie non polluantes, nous pouvons nous sentir stupide et frustré, comme si nos préoccupations étaient sans fondement.
Les gens se retiennent d’exprimer leurs inquiétudes, car ils estiment que, pour ce faire, ils doivent parcourir les banques de données et être des débatteurs habiles. Agir au nom de notre monde commun est malheureusement devenu confus avec la victoire d’un argument.
La peur de la culpabilité
Reconnaître la détresse de notre monde nous éveille également à un sentiment de culpabilité. Peu d’entre nous se sentent exemptés de la suspicion qu’en tant qu’être social – par opportunisme, par notre mode de vie, par nos rêves de puissance – d’être complices d’une catastrophe. Comment pouvons-nous être informés sur la propagation de la faim, les sans-abri ou la pollution sans nous sentir impliqué d’une manière ou d’une autre ? Chaque matin, le New York Times bien gras et bien instructif est produit en décimant des hectares de forêt, à l’instar des piles de papier que je consacre à mon enseignement, à l’écriture et à la recherche. Je suspecte que tant la chemise que je porte que le traitement de texte que j’utilise ont été assemblés dans des usines d’outre-mer par de jeunes femmes asiatiques sous-payées, arrachées à leurs familles du village pour travailler de longues heures sans consignes de sécurité ou de protection environnementale.
Même le voyage le plus « nécessaire » de la voiture que je fais répand du dioxyde de carbone et des métaux lourds dans l’atmosphère déjà saturé. Il est difficile de fonctionner dans notre société sans renforcer les conditions mêmes que nous décrions et le sentiment de culpabilité qui en découle rend ces conditions – et notre indignation à leur propos – difficiles à affronter.

La peur de causer de la détresse
La douleur pour le monde est réprimée non seulement en raison de la gêne et de la culpabilité, mais par compassion également. Nous sommes souvent réticents à exprimer les profondeurs de nos préoccupations parce que nous ne voulons pas charger ou alarmer nos proches. Nous essayons de les protéger de la détresse que nous ressentons, et même de la connaissance que nous ressentons. Nous ne voulons pas qu’ils s’inquiètent, que ce soit pour eux-mêmes ou pour nous. Et donc, en partie par crainte pour eux, nous gardons le prétexte de « la vie comme d’habitude ». Pour les parents, le fardeau psychologique de vivre dans un monde menacé est particulièrement poignant. Compte tenu des scénarios scientifiques environnementaux actuels, il n’est pas surprenant que, lorsque nous nous autorisons à imaginer ce que l’avenir pourrait réserver à nos enfants, les images qui nous viennent sont celles de friches, de désolation, de maladie. Nous enterrons généralement ces images, nous les scellons derrière des murs de silence, de sorte que nos enfants puissent garder leur insouciance dans le moment présent. Ce fardeau est d’autant plus lourd pour ceux d’entre nous qui croient encore que les parents devraient être omniscients, tout-protecteurs, et efficaces (in control).
Le même genre d’autocensure se produit chez les enfants qui distinguent souvent assez nettement ce qui se passe dans notre monde. Conscients de ce que leurs parents trouvent trop pénible à affronter, ils apprennent à ne pas exprimer leur crainte. Ils jouent avec le fantasme que notre mode de vie actuel peut se poursuivre indéfiniment.
La peur de provoquer des catastrophes
Il y a aussi la superstition que les pensées négatives sont auto-réalisatrices. Ceci peut être mis en relation avec la notion, populaire dans les cercles du New Age, que nous créons notre propre réalité. Certaines personnes m’ont affirmé que « parler de catastrophe allait en rendre la survenance plus probable ». En fait, c’est le le contraire qui est plus proche de la vérité. La théorie psychanalytique et l’expérience personnelle nous montrent que c’est précisément ce que nous réprimons qui échappe à notre contrôle conscient et tend à se manifester (erupt) en comportement. Comme Carl Jung observe, « Quand une situation intérieure n’est pas conscientisée (made conscious), il arrive à l’extérieur comme destin. » Mais ironiquement, dans la situation actuelle, la personne qui donne l’avertissement d’un probable holocauste écologique est souvent culpabilitsé de contribuer lui-même à ce inéluctabilité.
La peur de paraître antipatriotique
Notre amour de la patrie est profond chez beaucoup d’entre nous, plus profond que les critiques et les déceptions à propos de la politique nationale. Il est tissé de fierté pour notre histoire et nos héros, de gratitude pour ce qu’ils ont obtenu pour nous. En particulier en Amérique, cet amour du pays est construit comme s’il l’était sur des attentes irréalistes, et semble exiger de nous un sens profond et presque religieux d’espoir, une croyance dans notre destinée manifeste comme un accomplissement des rêves humains. Entretenir des sentiments de désespoir concernant l’état actuel de notre pays et ses perspectives d’avenir peut paraître non-américain. Si je laisse ces sentiments venir à la surface, est-ce que je manque d’allégeance ? Si je les exprime, suis-je un oiseau de mauvaise augure ? Suis-je en train d’affaiblir notre volonté nationale ? En temps de crise, certains voudraient que nous nous taisions sur nos peurs et nos doutes, par crainte que ceux-ci érodent la croyance dans le rêve américain.
La peur du doute religieux
Lorsque les images d’une Terre mourante parviennent à percer nos défenses, beaucoup de gens religieux insistent sur le fait que « Dieu ne permettra pas que cela arrive. » De simplement entretenir ces images semble infirmer notre croyance en une divinité aimante et toute-puissante, et en la bonté de la création elle-même. Est-ce que le fait de ressentir du désespoir à propos de la probabilité croissante de catastrophes est un signe que notre foi est insuffisante ?
Tout au long de l’histoire, la souffrance humaine a toujours testé notre croyance en un ordre divin. C’est la question de la théodicée (theodicy) : la quadrature du cercle entre l’existence du mal et l’existence d’un Dieu bienveillant et puissant. Cette question nous a ramené encore et encore à une vérité de base dans chaque patrimoine religieux important : le pouvoir sacré et profond de chacun d’entre nous à s’ouvrir aux besoins et aux souffrances de l’humanité. Ce pouvoir – une source d’amour, de compassion et de don de soi (service) est proclamé dans les psaumes et les prophéties du judaïsme, dans la croix du Christ, dans la voie du bodhisattva bouddhiste, et dans la fraternité au cœur de l’islam. Pourtant, nous avons tendance à oublier que ces traditions nous somment de prendre le labeur de notre monde en nous-mêmes. Assuming, peut-être, que notre Dieu est trop fragile ou trop limité pour contenir toute cette douleur, ne sachant pas si Dieu viendra à notre rencontre au milieu de ces ténèbres, nous hésitons à nous lancer dans l’expérience, de peur que notre foi soit brisée ou jugée insuffisante.
La peur de paraître trop émotionnel
Nous sommes nombreux à nous abstenir d’exprimer notre profonde inquiétude pour le monde afin d’éviter de donner l’impression que nous sommes les otages de nos sentiments. Pendant des siècles, le mâle blanc de culture occidentale dominant a érigé une dichotomie entre la raison et l’émotion. Supposant que la réalité peut être appréhendée de façon « objective », il a accordé une plus grande valeur aux opérations analytiques de l’intellect qu’aux domaine « subjectif » des sentiments, sentations et intuitions. Beaucoup d’entre nous, scolarisés et conditionnés dans la séparation de la raison et du sentiment, atténuons nos réactions les plus profondes à la condition de notre monde. Du chagrin pour les espèces en voie d’extinction ? De l’horreur pour les millions d’affamés ? Peur de la contamination nucléaire en propagation ? Ce sont des sentiments « seulement », souvent disqualifiés en nous et dans d’autres sentiments comme l’auto-indulgence.
Compte tenu des différentes façons dont les genres sont socialisés dans notre culture, les hommes souffrent plus que les femmes de la crainte de paraître émotionnel. Qu’un homme affiche ses sentiments peut être considéré comme de l’instabilité, surtout en milieu professionnel. Pourtant, les femmes aussi éprouvent cette peur. Les hommes retiennent souvent l’expression de leur inquiétude et de leur angoisse de peur de se voir traités avec condescendance, de ‘femelette’.
La peur de se sentir impuissant
Une réponse fréquente que les gens font quand on leur parle de pluies acides, de faim dans le monde ou d’autres situations inquiétantes, est : « je ne réfléchis pas à ça, parce que je ne peux rien y faire. » Ce raisonnement ne tient pas : il confond ce qui peut être pensé et ce qui peut être fait. Lorsque les forces en présence sont considérées comme si vastes qu’elles ne peuvent pas être consciemment envisagées ou sérieusement discutées, nous sommes doublement en position de victime ; nous sommes tout autant gênés dans la pensée que dans l’action.

(mise à jour 7 janvier 2014)

Résister à une information douloureuse sous prétexte que nous ‘ne pouvons rien faire’ tient moins à une réelle impuissance – entendue comme notre incapacité à effectuer un changement – qu’à la crainte de faire l’expérience de l’impuissance. Le modèle de l’ego qui prédomine dans la culture occidentale est « je suis le maître de mon destin et le capitaine de mon âme ». Il nous rend réticents à nous engager dans des questions qui nous rappellent que nous n’avons pas l’ultime contrôle sur nos vies. Nous sentons bien que nous devrions prendre en charge notre existence et nos émotions, et avoir toutes les réponses. C’est pourquoi nous avons tendance à réduire la sphère de notre attention aux domaines dans lesquels nous avons le sentiment de pouvoir être responsables.
Les formes de répression que je présente ici nous pompent énormément de nos énergies. C’est une perte nette dans le bilan de nos sentiments, comme si un nerf avait été sectionné. Comme le dit Barry Childers, « nous nous immunisons contre les exigences de la situation en réduisant notre conscience ». Cette anesthésie affecte également d’autres aspects de notre vie – amours et pertes sont moins intenses, le ciel est moins vif – parce qu’en ne nous autorisant pas à ressentir la douleur, nous finissons par ne plus ressentir grand chose. « L’esprit paie l’amortissement de l’état de notre monde », observe Robert Murphy, « en abandonnant sa capacité à la joie et à l’adaptabilité. »
Cet état d’absence ou, au mieux, cette réponse humaine émoussée à notre monde, est appelé « engourdissement psychique », un terme inventé par Robert Lifton dans son étude remarquée des survivants d’Hiroshima. Alors que ce terme était à l’origine utilisé pour décrire les effets psychologiques d’avoir été témoin d’un anéantissement massif, Lifton finit par conclure ultérieurement que le phénomène s’applique maintenant à nous tous, qui sommes confrontés à des forces gigantesques qui dévastent notre monde.

Opérer une percée à travers le désespoir

Nous avons besoin et de manière urgente de trouver de meilleurs moyens de faire face à cette peur et ce refoulement. Pouvons-nous soutenir notre regard sur les perspectives de l’holocauste écologique sans être paralysé par la peur ou la douleur ? Pouvons-nous reconnaître et vivre avec notre douleur pour le monde d’une manière qui affirme notre existence et libère notre pouvoir d’action ? J’ai été confrontée à ces questions quand voilà plusieurs années j’ai travaillé au mouvement citoyen qui s’efforcait de mettre fin à la contamination radioactive par les réacteurs nucléaires. Plus j’en apprenais sur l’ampleur du problème et ses conséquences biologiques, plus mon désespoir augmentait – un désespoir très difficile à exprimer à ma famille et à mes proches. Je me sentais comme la victime unique d’une maladie toute aussi unique, orpheline. Plus tard, j’ai appris que je n’étais pas du tout seule, que d’autres chacun à leur manière expérimentaient de la tristesse pour notre planète et ses habitants.
En Août 1978, à l’Université Notre-Dame, j’ai présidé un séminaire d’une semaine sur les questions de survie planétaire. Professeurs et administrateurs du Collège avaient préparé des exposés sur des thèmes allant de la crise de l’eau aux effets environnementaux de la technologie nucléaire. Au moment où nous nous sommes retrouvés, il me fallut du temps pour reconnaître que le sujet dont nous allions traiter était différent de tout autre, et qu’il touchait chacun d’entre nous d’une manière profondément personnelle. Je suggérai alors que nous présentions à l’auditoire en relatant un incident ou une image exprimant la façon dont le sujet nous touchait personnellement. Les brèves introductions qui suivirent furent puissantes, certains ayant abandonné toute posture professionnelle et parlant simplement et fortement de ce qu’ils voyaient ou ressentaient face à ce qui arrivait à leur monde ; de leurs enfants ; de leurs craintes et de leur découragement. Ce bref échange a transformé le séminaire. Il a changé notre façon de nous aborder entre nous et d’aborder le sujet. Il a déclenché de l’énergie et une attention réciproque. Les séances de travail se sont allongées, baignées d’hilarité et ponctuées de projets pour le futur. C’était en quelque sorte magique. Tard dans la nuit, après qu’un groupe se soit exprimé, un nom pour désigner cette magie a émergé : « le travail du désespoir ».
Tout comme le travail de deuil est un processus par lequel les personnes endeuillées débloquent les énergies engourdies en reconnaissant et en acceptant la perte d’un être cher, nous avons tous besoin de débloquer nos sentiments au sujet de notre planète menacée et la disparition possible de notre espèce. Si nous ne le faisons pas, notre pouvoir de réponse créative restera paralysé.
En martelant l’expression de «travail de désespoir », nous n’étions pas rhétoriques, nous progressions à tâtons dans l’espoir d’expliquer ce qui s’était passé. Nous savions que cela avait à voir avec une volonté de reconnaissance et d’expérience de la douleur, et que cette douleur pour notre monde, comme la douleur face à la perte d’un être cher, est une mesure thérapeutique. Nous savions également que cette journée sombre passée ensemble nous avait changés, nous liant d’une manière particulière, nous soulageant des faux-semblants et de la concurrence. Quelque chose comme l’amour avait eu lieu, une alchimie qui nous faisait nous sentir moins seuls et plus audacieux pour faire face aux défis à venir. C’est cet événement qui a mené au développement du « travail de désespoir » en groupe et de la diffusion dans de nombreux pays de ce que nous appelions alors les « ateliers du désespoir et de l’autonomisation ».

Au cours des années 1980, ils devinrent les « ateliers d’écologie profonde », en ce sens qu’ils aident les personnes à percevoir plus clairement, non seulement les crises écologiques auxquelles nous sommes confrontés, mais également la toile dynamique de la vie qui nous porte. Arne Naess, le philosophe norvégien à l’origine du terme « écologie profonde », a appelé à l’élaboration de formes de thérapie communautaire afin de guérir le rapport de notre société à la Terre. Ces ateliers peuvent être considérés comme de la « thérapie communautaire ».

Le travail de désespoir a proliféré sous une variété de noms et de formes, y compris les rituels populaires comme le Conseil de Tous les Etres, dans lequel le deuil collectif joue un rôle-clé. Surmontant l’évitement et l’engourdissement, ce travail psychologique et spirituel aiguise la prise de conscience de notre situation collective. Dans le même temps, il nous redonne un sentiment d’appartenance commune au corps vivant de la terre, en utilisant toute notre douleur pour la planète pour revitaliser nos connexions et de nos facultés. Avec un nombre croissant de collègues, j’ai conçu ces ateliers sur des années d’exploration de l’interface entre la croissance spirituelle et le changement social, sur des années d’adaptation des pratiques méditatives propres à rendre les gens autonomes en tant qu’agents de paix et de justice. Et ce sont encore les ateliers eux-mêmes qui m’ont appris bien plus que ce que j’aurais pu imaginer. Les milliers de personnes avec qui j’ai travaillé dans des sous-sols d’église, dans des centres communautaires ou des salles de classe m’ont révélé, d’une manière imprévue, la puissance, la grandeur et la beauté du cœur humain. Ils sont la preuve que la douleur pour notre monde touche chacun de nous et que cette douleur est enracinée dans le soin. Ils ont démontré que notre apathie apparente n’est qu’une crainte de ressentir et d’exprimer cette douleur et qu’une fois que celle-ci est reconnue et partagée, elle ouvre la voie à notre pouvoir/puissance.
Cinq principes de l’autonomisation (empowerment)
• Avoir des sentiments de douleur pour notre monde est naturel et sain
• La douleur n’est morbide que si elle est refusée
• L’information seule ne suffit pas
• Débloquer ses sentiments refoulés libère de l’énergie et éclaircit l’esprit
• Débloquer notre douleur pour le monde nous reconnecte avec la grande marche de la vie.

(mise à jour 8 janvier 2014)

Ces cinq principes qui éclairent la nature du travail de désespoir et énoncent les hypothèses, me sont apparus alors que je méditais sur les leçons apprises dans les ateliers.

Des sentiments de douleur pour notre monde sont naturels et sains
Face à de grandes souffrances et de menaces de catastrophes mondiales, il est normal de réagir par de l’angoisse, de la peur, de la colère, du chagrin et même de la culpabilité. Ces sentiments sont une mesure de notre humanité. Et ils sont sans doute ce que nous avons le plus en commun. Ces sentiments sont plus forts que ceux que ressentaient nos grands-parents ou n’importe quelle génération plus ancienne, pour la simple et bonne raison que nous savons que nous partageons la planète à cet instant. Nous sommes ensemble dans la douleur. Et cette douleur pour notre monde ne peut pas être réduite à une pathologie personnelle. Nous ressentons cela en plus de tout ce que nous vivons déjà : chagrins personnels, frustrations névroses. Ne pas faire l’expérience de cette douleur serait alors le signe d’une morale atrophiée ? Ce point est académique, car je n’ai encore rencontré personne qui soit à l’abri de cette douleur.
La douleur n’est morbide que si elle est refusée
C’est lorsque nous renions notre douleur pour le monde qu’elle devient dysfonctionnelle. Nous savons maintenant ce qu’il nous en coûte de la réprimer, que le prix se paie en engourdissement et en sentiments d’isolement et d’impuissance. Il est également à l’oeuvre dans les haines et les soupçons qui nous divisent. Car le désespoir refoulé cherche des boucs émissaires et se tourne en colère vers d’autres membres de la société. Il se retourne également en dépression et auto-destruction, en abus de drogue et en suicides. Nous avons tendance à craindre que si nous reconnaissons consciemment notre désespoir nous risquons d’y rester embourbés, impuissants. Mais le désespoir, comme toute émotion, est dynamique – une fois éprouvé, il coule à travers nous. Ce n’est que notre refus de le reconnaître et de le ressentir qui le maintient en place.
L’information seule ne suffit pas
Pour faire face à la détresse que nous éprouvons pour notre monde, nous avons besoin de bien plus que des données supplémentaires sur son sort. Recevoir des infos terrifiantes sur les effets de la pollution nucléaire ou sur la destruction de l’environnement peuvent nous conduire encore plus profondément dans le déni et le sentiment d’inutilité, à moins que nous ne réussissions à gérer les réactions que cela suscite en nous. Nous devons traiter ces informations sur le plan psychologique et émotionnel afin de répondre pleinement sur le plan cognitif. Nous savons déjà que nous sommes en danger. La question essentielle est donc : pouvons-nous nous dégager de la tâche de fournir une réponse ?
Débloquer les sentiments refoulés libère de l’énergie et éclaircit l’esprit
C’est la catharsis. Le refoulement coûte physiquement, mentalement et émotionnellement très cher, il draine le corps, émousse l’esprit et étouffe les réponses émotionnelles. Lorsqu’il remonte à la surface et est libéré, de l’énergie est également libérée ; la vie est mise clairement en perspective. Dans l’histoire, l’art, les rituels et le jeu ont toujours eu un rôle de catharsis, le même que joue actuellement la psychothérapie. Par ce processus, le système cognitif s’approprie les éléments de son expérience et en les intégrant gagne en tant en contrôle qu’en liberté.
Débloquer notre douleur pour le monde nous reconnecte avec la grande marche de la vie
Lorsque le matériel refoulé que nous débloquons se révèle être de la détresse pour notre monde, la catharsis se produit, ainsi qu’autre chose de plus que la catharsis. C’est parce que cette détresse reflète les préoccupations qui vont au-delà de nous-mêmes séparés, au-delà de nos besoins et de nos volontés individuels. C’est un témoignage de notre interdépendance. Par conséquent, comme nous expérimentons et traversons cette douleur, nous nous déplaçons jusqu’à sa source et atteignons la matrice sous-jacente de nos vies. Ce qui se passe alors est au-delà de la catharsis.
La distinction ici est importante. Présenter le travail de désespoir comme une simple question de catharsis suggérerait qu’après avoir possédé et partagé nos réactions à cette souffrance de masse et au danger qu’elle représente, nous pourrions nous purger de cette douleur pour le monde. Mais ceci n’est ni envisageable (possible) ni ne correspond à nos besoins, car chaque jour apporte son lot de raison de s’indigner et de souffrir. En reconnaissant notre faculté à souffrir pour le monde, nous nous ouvrons à des dimensions plus vastes de l’être. Là il y a encore de la douleur, mais il y a bien plus. Étonnamment, il y a même de la joie, alors que nous entrons dans la grande famille de notre appartenance commune – et il y a même une puissance nouvelle.
Pour comprendre pourquoi il en est ainsi, et quelle est cette puissance nouvelle, nous devons nous pencher sur les fondements théoriques de l’œuvre.

Les principes qui viennent d’être énumérés découlent de certaines des idées les plus anciennes et les plus récentes sur la nature de la réalité et sont enracinées dans une vision du monde qui est essentielle à la compréhension du travail de désespoir.

La toile vivante des systèmes naturels
Qu’est-ce qui nous permet de ressentir la douleur pour notre monde ? Et qu’est-ce que nous découvrons en avançant à travers cette douleur ? Pour ces deux questions, il y a une réponse : l’interdépendance de la vie et tous les autres êtres. C’est la toile vivante à partir de laquelle nos existences individuelles et distinctes ont émergé et dans laquelle nous sommes mêlés. Nos vies vont au-delà de nos peaux, en interdépendance radicale avec le reste du monde.
La science contemporaine, dans ce qui pourrait être sa plus grande réalisation, a franchi une nouvelle découverte de cette interdépendance de tous les phénomènes vivants. Jusqu’à notre siècle, la science occidentale avait procédé sur l’hypothèse que le monde pouvait être compris et contrôlé en le disséquant. En réduisant le monde en petits morceaux toujours plus petits, la science occidentale a séparé l’esprit de la matière, les organes des organismes, les plantes des écosystèmes, et a ensuite analysé chaque partie distincte. Cette approche mécaniste a laissé quelques questions en suspens, ainsi celle des interactions de ces parties distinctes pour préserver la vie et évoluer.
C’est avec ces questions à l’esprit que les scientifiques de notre siècle, à commencer par les biologistes, ont modifié leur point de vue. Ils ont commencé à regarder les ensembles au lieu des parties, les processus au lieu des substances. Ce qu’ils ont découvert est que ces ensembles – qu’il s’agisse de cellules, d’organismes, d’écosystèmes ou de la planète elle-même – ne sont pas seulement un tas de pièces isolées, mais des systèmes dynamiques, intimement organisés et équilibrés, en interrelation et interdépendants dans chaque mouvement, chaque fonction et chaque échange d’énergie. Ils ont constaté que chaque élément fait partie d’un ensemble plus vaste, un ensemble qui relie et évolue avec des principes discernables. Le discernement de ces principes est ce qu’on appelle la « théorie générale des systèmes ».
Ludwig von Bertalanffy, le père de la théorie générale des systèmes, l’a appelée une « manière de voir ». Et bien qu’elle ait donné naissance à de nombreuses théories dérivées à propos de domaines et de phénomènes particuliers, l’approche systémique continue d’être cela, une « manière de voir » reconnue par beaucoup de penseurs comme la révolution cognitive la plus grande et la plus profonde de notre temps. L’anthropologue Gregory Bateson l’a dénommée « la plus grande bouchée prise à l’Arbre de la Connaissance en deux mille ans ». Car, comme le point de vue systémique s’est propagé dans tous les domaines de la science, de la physique à la psychologie, il a fait pivoter le prisme à travers lequel nous voyons la réalité. Au lieu de contempler des entités séparées aléatoirement, nous prenons conscience de l’interconnexion des flux – énergie, matière, information et nous voyons les formes de vie comme des modèles dans ces flux.
Soutenus par ces flux, ce sont des systèmes ouverts qui évoluent de manière complexe et réactive à leur environnement. Ils interagissent, ils tissent des faisceaux de relations qui façonnent l’environnement lui-même. Chaque système, qu’il s’agisse d’une cellule, d’un arbre ou d’un esprit, agit comme un transformateur, en modifiant la substance même qui le traverse. Les flux de matière et d’énergie créent les corps physiques ; les flux d’information constituent les esprits. Ces deux types de flux génèrent des interdépendances qui tissent chaque être dans une écologie plus large, la toile de la vie.
La vieille vision mécaniste de la réalité a érigé des dichotomies, séparant la substance du processus, le moi de l’autre, la pensée du sentiment. Mais étant donné les interactions imbriquées des systèmes ouverts, ces dichotomies ne tiennent plus la route. Ce qui nous apparaissait comme des entités autonomes séparées sont désormais considérées comme tellement interdépendantes que leurs frontières ne peuvent être esquissées que de manière arbitraire. Ce qui semblait être « autre » peut être aussi interprété comme une extension du même organisme, comme un camarade-cellule dans un corps plus grand. Ce que nous avions appris à rejeter comme étant « seulement » des sentiments sont des réponses à des stimuli de notre environnement qui ne sont pas moins valables que les constructions rationnelles. Les sentiments et les concepts conditionnent cet « autre » ; les deux sont des moyens de connaître notre monde.
En tant que systèmes ouverts, nous tissons notre monde, bien que chaque conscience individuelle illumine une petite partie de celui-ci, une petite portion du cercle vaste des sentiments et du savoir. Quand notre conscience grandit, c’est également celle de ce tout qui grandit. Il semblerait que nous participions à une prise de conscience plus grande. La toile de la vie nous berce comme elle nous appelle à tisser davantage.

(to be continued … as quick as I can ^^ ! j’ai découvert 5 pages de plus dans cet article ^^ … dur dur, mais je m’accroche …)

Previous Post

Postez votre réflexion, on échangera !

© 2017 La Saint Chronique - Un site de La Voie du Présent
Rejoignez-moi sur ma Page Facebook

Free theme by Anders Norén

Revisited by Tita Créations

%d blogueurs aiment cette page :