La Saint Chronique

les fous et les génies

 

Quand j’ai pris cette photo sur la Toile, je l’ai intitulée ‘lémurien regard ahuri’.
Quand je décide d’écrire un billet, je commence par choisir une photo.
Intuitivement.
Aujourd’hui je ne pouvais pas en choisir une autre.
Comme les autres jours, d’ailleurs…

Donc… reprenons.

Ce matin, en me réveillant, j’ai appris la nouvelle comme tout le monde. C’est le genre de nouvelles qui fait désormais le tour de la Terre et de la Toile en moins de temps qu’il ne faut pour la verbaliser : Steve Jobs est mort. D’autres nouvelles que certains qualifieront de bien plus importantes mettent des heures, voire des jours ou des semaines, pour arriver. Certaines n’arrivent même jamais ! C’est vrai. Notre monde est ainsi devenu que la priorité des sujets d’information dans les grands médias sponsorisés est inversement proportionnelle, apparemment, au nombre de personnes impliquées dans l’info. DSK et une femme de chambre : 2 personnes. Le décès de Steve Jobs : lui et sa famille, donc quelques personnes. Les drames qui touchent un grand nombre de personnes – la famine, la guerre, le terrorisme, le SIDA, la malaria, l’exclusion, et j’en passe… – s’installent dans notre quotidien et notre esprit embrumé finit par les refouler. Je ne pense pas qu’il les oublie, je pense qu’il les refoule.

Quand un drame arrive, notre réaction est à la mesure de notre identification à ce drame. Et si c’était moi ? Et pour nous protéger de l’insupportable, nous dévions, nous dérivons, nous trouvons moultes arguments qui éloignent le mauvais sort. Et là entre en force une instance que beaucoup appellent ‘la raison’. Les émotions fortes, qui nous perturbent, nous angoissent, demandent à être évacuées. Et comme notre éducation n’a jamais intégré de cours sur ‘la gestion des émotions’, nous sommes bien démunis et nous nous en rendons à Saint-Augustin et à Platon (je crois que c’est lui…) : ce que je ne vois pas n’existe pas ET la raison est mère de toutes choses (c’est moi qui adapte !).

Ça, c’était le préambule.

Venons-en au fait.

Cher Unique Lecteur, tu l’as sûrement remarqué. Depuis plusieurs semaines, je me réveille. Je passe du temps sur Facebook à relayer des infos, des liens, tantôt très spirituels et élevés, tantôt très prosaïques et orientés vers l’Humanité qui gronde. Je consacre également une grande partie de mon temps à écrire sur mon blog et à lire, me documenter, chercher, trouver, suivre mon rythme, mon âme et mon intuition.

Mon réveil peut se résumer ainsi :

Je ne peux plus me taire. Je prends ma place de grain de sable dans le courant de la Vie et j’exprime haut et fort ce que mes expériences et connaissances m’amènent à proposer et à transmettre à l’Humanité. J’agis en conséquence.

‎Depuis ce matin, donc, avec le décès de Steve Jobs, la Toile bruisse. J’y ai moi-même participé et cela m’a étonné moi-même. Si je l’ai fait, avec le billet précédent intitulé le génie du fou, ce n’est pas parce que je mettais particulièrement Steve Jobs sur un piédestal, non. Ni parce que je défends les iMachins contre tous les autres, non. C’est tout simplement parce qu’en apprenant la nouvelle aux aurores, je suis tombée sur une citation de lui qui m’a plu, qui m’a touchée et que j’ai eu envie de relayer. Rien de plus.

Maintenant, c’est manifeste, certains encensent l’homme qu’il fut et d’autres répondent qu’il ne faut quand même pas exagérer. Je résume, hein. La réaction est tellement forte, d’un côté comme de l’autre, presque épidermique, que cela me pose question.

Comme je l’ai dit en commentaire à l’un de mes amis ♥ qui réagissait fortement à la mise en berne des drapeaux Apple : il ne faut pas non plus jeter le bébé avec l’eau du bain. J’ai également réagi sur un site d’infos après avoir tenté de lire les presque 140 commentaires qui avaient été postés depuis ce matin sept heures env. (et à l’heure où j’écris, ça continue) pour débattre du génie ou non de Monsieur Steve Jobs, pour peser le pour ou le contre, pour savoir s’il mérite ou non qu’on lui rende un tel hommage, etc. Je n’ai pas réussi à lire tous les commentaires, parce que cela m’a déroutée, gavée, presque dégoûtée. Mon texto disait en bref qu’en de pareilles circonstances, qu’avons-nous toujours fait en tant qu’humains ? nous faisons SILENCE et, si le cœur nous en dit, nous rendons HOMMAGE. Rien de plus, rien de moins.

J’ai maintenant envie de vous livrer les réflexions que tout ceci a provoqué en moi. Mais ceci n’a plus vraiment de lien avec Steve Jobs, si ce n’est que son décès en aura été pour moi le révélateur.

Tout d’abord, il y a le fait que, pour partager tout ça, il nous faut être derrière un écran et que nous ne pouvons ignorer que ce qui nous lie de plus en plus et la conscience que nous en avons, nous le devons en grande partie aux avancées technologiques qui nous permettent, grâce à la Toile, grâce à face-de-bouc, grâce à tous ces moyens divers et variés de réseautage social. Et je pense que nous ne devons pas l’oublier. C’est la raison pour laquelle je disais à mon ami ♥ qu’il serait idiot de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Deuxièmement, il y a la raison de l’ego. Que de messages d’amour et de lumière sont partagés entre mes amis ♥ sur Facebook ! Que de grandes phrases pour amener les uns et les autres à plus de conscience et de lumière ☼ ! Je n’oublie pas non plus les appels à un Changement Global dans l’Unité (United For Global Change). Et à la première sensation de désaccord, HOP c’est reparti ! C’est moi qui ai raison. Non, c’est moi ! C’est quand même incroyable !!! Comment voulez-vous que nous y arrivions, à ce grand changement tant souhaité, si nous sommes aussi prompts à lever notre bouclier face à celui ou celle qui ne nous rejoint pas à 100% sur notre sensation et notre sentiment. Le pouvoir de l’ego est encore bien fort, me semble-t-il. Et je me mets dans le lot.

Pour clore ce second paragraphe de mes réflexions, je soumets aux vôtres deux citations. La première est d’Eckart Tolle :

Avoir raison et donner tort aux autres est un des principaux schèmes mentaux de l’ego, une des principales formes de l’inconscience.

Et la deuxième est de Gandhi :

Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort.

Ensuite, j’estime que nous ne devons pas oublier trop vite que Facebook est une suite de liens et de phrases courtes ou citations qui ne reflète pas complètement la réflexion et les circonstances dans lesquelles se trouve l’auteur du profil. Combien d’internautes sur Facebook expriment plus en détail leur pensée et leur philosophie, leur façon de voir la vie et leur contexte de vie, leurs expériences ? Nous sommes formatés à donner de nous une image parcellaire. Automatiquement, et bien naturellement, le lecteur de ce profil comble les trous par ses propres projections, par ses propres représentations et images qu’il crée lui-même en fonction de son contexte, ses expériences, sa pensée, sa philosophie. A partir de là, je pense qu’il nous faut être attentif, comme partout, à nos projections, à ce que nous comprenons de l’intention de l’autre à partir des éléments de son puzzle qu’il nous livre. Et ceci est aussi valable sur Facebook que dans la vie réelle. Et, à mon sens, ça l’est bien plus dans cette dernière.

Enfin, et après cela j’aurai dit ce que je voulais dire à ce sujet, nous sommes nombreux à appeler de nos vœux, et même à manifester, pour un Changement Global dans l’Unité (je pense aux Indignés, je pense au mouvement Occupy Wall Street, mais aussi aux peuples qui se battent pour défendre leur territoire en Amazonie, en Indonésie, pour ne citer qu’eux, et ceux encore plus nombreux qui vont mourir de faim à cause de notre égoïsme). Si changement de conscience il doit y avoir et si changement en profondeur il doit se passer, il nous faudra gérer ces changements de société. Nous parlons ‘démocratie’, ‘voix du peuple’, ‘solidarité entre citoyens du monde’. Dans les discussions qui entourent une renaissance sociétale, saurons-nous faire taire notre ego démesuré ? Saurons-nous écouter, débattre et argumenter, sans nous sentir rejeté ou exclu si notre solution n’est pas celle qui est retenue ? Saurons-nous rester amour sans entrer dans la colère et la frustration ? Saurons-nous réellement partager ? Saurons-nous choisir le meilleur pour tous au détriment de l’ego qui aura bien naturellement tendance à défendre son bout d’gras ? Je crois qu’il va nous falloir une sacrée dose d’humanité.

Alors, si j’ai un souhait, c’est celui-ci : chacun d’entre nous, amis qui estimez avoir franchi un palier, quelle que soit sa hauteur, sur l’échelle de la conscience universelle, doit donner l’exemple.

Et je terminerai par cette image qui m’habite depuis bien longtemps et qui fait intervenir l’idée de ‘grain de sable’ et celle de ‘donner l’exemple’.

J’avais 20 ans. Un peu plus ou un peu moins, je ne sais plus. Je faisais des études universitaires en Sciences politiques – Relations internationales et le Mur de Berlin n’était pas encore tombé. J’avais alors déjà ‘mal à l’être humain’, souvent. Et comme tout jeune, un peu rebelle, un peu contestataire, je passais beaucoup de temps à râler et à refaire le monde en accusant les ‘méchants’ et les ‘pourris’. Je voulais faire la révolution ! Et en parlant avec mes amis de l’époque, en refaisant le monde autour d’une théière ou d’un coup de rouge, une image m’était venue : celle d’une plage faite d’innombrables grains de sable. Chaque grain de sable représentait un être humain et je trouvais la plage bien noire, bien moche donc. Je me voyais au milieu de grains de sable noirs, parfois gris quand la personne n’était pas trop mauvaise et quelques-uns blancs pour les personnes de haute conscience. Et je me suis posée la question : moi, petit grain de sable, comment puis-je m’y prendre réellement pour amener la plage à devenir plus blanche ? Et d’abord, de quelle couleur suis-je ?

J’en ai conclu que je devais être plus ou moins grise. J’en ai aussi conclu que je n’avais pas la puissance d’arroser la plage d’une potion magique rendant les grains de sable noirs blancs comme neige. Je n’ai jamais eu cette prétention-là. Mon rayon d’action étant humainement très limité, j’en conclus que la seule façon de continuer à espérer et de faire activement quelque chose pour que la plage devienne la plus blanche possible était la force de l’exemple. J’allais tenter d’être la plus blanche possible pour que les grains de sable autour de moi se disent : ah oui, c’est possible ! je voudrais aussi être blanc et je vois que c’est en mon pouvoir.

Cette image ne m’a jamais quittée depuis et, souvent, je pense à Gandhi et à la doctrine de la non-violence et de la désobéissance civile. Peut-être à remettre au goût du jour ?

Merci de m’avoir lue.

Mains Tenant, 6 octobre 2011

PS – Encore une chose concernant Steve Jobs… Qu’on aime Mozart ou pas, nous sommes tous d’accord pour dire que c’est vraiment dégueulasse de l’avoir jeté à la fosse commune quand il est mort, non ?

 

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