La Saint Chronique

le feu de camp

Je suis assise devant mon feu de camp. Devant moi, une grande forêt, sauvage et amicale. A ma gauche, à quelques mètres, quelqu’un a fait un feu de camp qui brûle de toutes ses flammes. Mon feu est petit, riquiqui… Je n’ai pas mis beaucoup de bois. Ma réserve de bois n’est pas grande. Un simple monticule de quelques branches et branchages. Mes enfants, mes amours, mes amis viennent se réchauffer autour de mon feu de camp.

J’ai le sentiment que mon feu ne les réchauffe pas assez, qu’il faudrait que je mette plus de bois. Et j’ai peur de manquer de bois. Je ne comprends pas comment le feu voisin brûle aussi bien, que la réserve de bois est toujours aussi grande, volumineuse, et qu’en plus personne ne semble vouloir aller se réchauffer autour de ce feu de camp-là. J’ai envie de dire aux gens que j’aime d’aller se réchauffer là où ça réchauffe, que je ne pourrai pas les réchauffer avec mon maigre feu… Et intérieurement, j’enrage. Je voudrais tellement avoir plein de monde autour de mon feu. Est-ce que je l’ai fait pour eux ou pour moi ? Pourquoi ai-je aussi peur de manquer de bois alors que nous sommes entourés de forêt ? Qu’est-ce qui m’empêche de faire confiance à la nature boisée qui m’entoure ? Pourquoi est-ce que je ne demande pas de l’aide à chacun ? « Allez s’il vous plaît me chercher un peu de bois ! Je vous attends ici… » Je pourrais aussi me lever et aller avec eux chercher du bois. Mais je suis paralysée par ce petit feu qui manque de s’éteindre à chaque rafale de vent. Heureusement aujourd’hui il n’y a pas de pluie.

L’autre jour, un orage a tout éteint, d’un coup. Mes enfants sont venus se coller à moi. Et moi, je les rejette, tellement je me sens coupable de ne pas avoir réussi à garder le feu. Ils sont là, à quelques mètres de moi, et je pleure. Je pleure devant mon feu évanoui. Je pleure de ne pas avoir la force et le courage de les prendre sur mes genoux et d’ensemble parler du feu qui s’est éteint, que je vais réussir à le rallumer, qu’il y aura toujours du feu pour eux.

Dans ces moments-là, je repense au feu de ma mère. Il ne fallait jamais s’en approcher trop. Elle comptait les bûches qui lui restaient. Elle voulait d’abord se réchauffer elle. Nous, il fallait qu’on se tienne un peu plus loin. Elle disait toujours : « depuis là, vous avez bien assez chaud de toute façon ».

Mains Tenant, mai 2006

Next Post

Previous Post

Postez votre réflexion, on échangera !

© 2017 La Saint Chronique - Un site de La Voie du Présent
Rejoignez-moi sur ma Page Facebook

Free theme by Anders Norén

Revisited by Tita Créations

%d blogueurs aiment cette page :