La Saint Chronique

je dois écrire et témoigner …

 

Je dois écrire… absolument.
Je dois laisser couler mes mots. Cela fait trop longtemps que mon intérieur est empli de richesses à partager, il finit par déborder et cela me rend triste, frustrée. Je ressens beaucoup de solitude avec mes pensées, ma conscience.

Cher Unique Lecteur,

Toi qui suis ce blog depuis belle lurette (enfin, une toute petite belle lurette, hein !), tu te souviens peut-être de ce billet d’avril 2006 : ma nuit (billet irrémédiablement perdu avec mon ancien blog…). J’y faisais référence à mon envie d’écrire, à mon auto-censure aussi, et à ma pétée de plombs d’octobre 2001. Et bien, j’en ai refait une, de ces pétées de plombs, qui m’a laissée dans le ‘coma’ pendant plusieurs mois. C’était en ce début d’année 2011 et mes matins furent emplis d’angoisses telles des pieux enfoncés dans mon plexus. Douleur terrible. A ne pas savoir quelle est le nom de cette douleur, si ce n’est ANGOISSE. Mais angoisse de quoi ?

De mon état alors, je t’ai donné un aperçu dans mon billet l’encre noire. En réalité, tous mes billets de 2011 relatent, parcimonieusement et sans étalage j’espère, le long ‘coma’ qui fut le mien jusqu’à ces dernières semaines. J’ai dormi : le pouvoir de guérison du sommeil. J’ai cherché de l’aide : l’assistance. J’ai recommencé à lire après une incapacité crasse à me concentrer sur une seule petite page A4. J’ai pris conscience de ma couronne défensive. …

Depuis toujours, je confronte mes idées et mes pensées à celles des autres. Enfin… je CROIS confronter mes idées et mes pensées. Mais en réalité je ne les confronte qu’à mes propres projections, celles que je me fais des idées et des pensées des autres. Et c’est sans arrêt un manège qui tourne, et qui a fini par me donner le tournis, le vertige. Je dois désormais laisser aux autres leurs idées et leurs pensées. Et je protégerai les miennes.

Car, tout récemment, j’ai (enfin !) découvert ce qu’est l’amour de soi. Et ce n’est pas faute d’avoir cru comprendre il y a bien longtemps ! Cette solitude ressentie avec mes pensées, ma conscience, est là uniquement quand je cherche chez l’Autre à partager la même idée ou la même pensée. Mais c’est impossible, Tu es unique et Je suis unique. Ma seule tâche dès lors est de livrer, de délivrer cet intérieur. Il fera écho ou pas à ce que tu penses, tu pourras réagir, venir enrichir de tes mots ma propre réflexion. Mais je m’égare…. cela ne semble rien à voir avec l’amour de soi. Et pourtant !

Ce terme est tellement galvaudé : l’amour de soi… Combien de livres sur l’estime de soi (qui à mon humble avis n’a pas grand-chose à voir avec l’amour de soi) ? Combien de textes nous poussent à nous aimer nous-même ? Il y en a trop, je crois. Ou alors, chacun de ces livres ou documents sera adapté à l’un et pas à l’autre. Je ne dois donc pas refuser que cela existe. Je dois me poser la question plus essentielle pour moi : est-ce que cela correspond à un de mes besoins ?

Ah tiens… ‘amour’ et ‘besoin’ dans le même paragraphe…

Dans le livre Le chevalier à l’armure rouillée (un livre qui arrive dans la vie de chacun quand c’est le moment pour lui), il est un passage qui me touche tout particulièrement et qui est venu alimenter mes sensations et mes réflexions autour de l’amour de soi, de la dépendance affective (je suis une future ex-dépendante affective, je dois le dire) et de l’action d’aimer (c’est un verbe, c’est donc une action, un acte).

(…)

A ce moment-là, Ecureuil appela de nouveau le chevalier, lui demandant de le rejoindre. Il avait trouvé une autre inscription gravée sur le mur, qui disait :

Aurais-tu confondu besoin et amour ?
Encore troublé, le chevalier marmonna : « Je suppose que je dois trouver la réponse pour avoir davantage de lumière ».

– Tu comprends vite, dit Sam, auquel le chevalier répondit en grognant : « Je n’ai pas le temps de jouer aux devinettes. Ce que je veux, c’est trouver le moyen de traverser rapidement ce château pour parvenir au sommet de la montagne ! »

– Ce qu’il te faut apprendre ici, c’est peut-être que tu as tout ton temps, suggéra Rebecca.

Le chevalier, n’étant pas d’humeur réceptive, ne voulut pas écouter cette philosophie. Un moment, il envisagea de plonger dans l’obscurité du château et d’essayer de s’en tirer ainsi. Mais les ténèbres n’étaient guère engageantes et, sans son épée, il avait peur. Apparemment, il n’avait donc pas le choix, sinon de comprendre le sens de l’inscription. Il soupira et s’assit en face d’elle. Il la relut :

Aurais-tu confondu besoin et amour ?

Le chevalier était certain d’aimer Juliette [sa femme] et Christophe [son fils], tout en étant obligé de reconnaître qu’il aimait davantage Juliette avant qu’elle ne se mette à se coucher sous les tonneaux de vin pour en vider leur contenu.

Sam dit : « Oui, tu aimais Juliette et Christophe, mais n’avais-tu pas également besoin d’eux ? »

– Je suppose que oui, reconnut le chevalier. Il avait eu besoin de toute la beauté que Juliette, par son esprit vif et ses belles poésies, ajoutait à sa vie. Il avait aussi eu besoin de ses gentillesses, comme les invitations qu’elle avait adressées pour lui redonner courage, alors qu’il s’était retrouvé coincé dans son armure.

Il songea aux moments où, ses affaires tournant au ralenti, ils n’avaient pu se permettre d’acheter de nouveaux vêtements ou d’employer des servantes. Juliette avait confectionné de jolis habits pour toute la famille et préparé de délicieux repas pour le chevalier et ses amis. Il pensa qu’elle tenait le château très propre. Il faut dire qu’il lui avait donné de nombreux châteaux à tenir propres. Souvent, quand il était revenu ruiné d’une croisade, ils avaient dû déménager pour en prendre un moins cher. Il avait laissé Juliette assurer seule la plupart des déménagements, préférant se rendre à quelque tournoi. Il se souvint de sa lassitude lorsqu’elle transportait leurs biens de château en château et de sa tristesse quand elle n’avait plus réussi à le toucher à cause de son armure. « N’est-ce pas à ce moment-là qu’elle a commencé à se coucher sous les tonneaux de vin ? » demanda Sam d’une voix douce.

Le chevalier acquiesça et les larmes commencèrent à lui monter aux yeux. Puis une terrible pensée lui vint à l’esprit : il n’avait pas voulu se condamner pour ce qu’il avait fait. Il avait préféré condamner Juliette pour tout le vin qu’elle buvait. Au fond, il avait besoin qu’elle boive pour pouvoir dire que tout était de sa faute, y compris le fait qu’il était coincé dans son armure.

Alors qu’il prenait conscience de sa mauvais conduite envers Juliette, les larmes se mirent à couler sur son visage. Oui, il avait davantage eu besoin d’elle que ce qu’il l’avait aimée. Il aurait préféré l’avoir aimée davantage et avoir eu moins besoin d’elle, mais il ne savait pas comment.

En continuant à pleurer, il s’aperçut qu’il avait également eu besoin de Christophe plus qu’il ne l’avait aimé. Un chevalier a besoin d’un fils qui puisse aller se battre en son nom lorsqu’il vieillit. Cela ne signifiait pas qu’il n’aimait pas Christophe, car il aimait la beauté blonde de son fils. Il aimait l’entendre dire : « Je t’aime, papa », mais ces choses qu’il aimait chez Christophe avaient créé un besoin en lui.

En un flash éblouissant, une pensée jaillit à l’esprit du chevalier : il avait eu besoin de l’amour de Juliette et de Christophe parce qu’il ne s’aimait pas lui-même ! Il avait eu besoin de l’amour de toutes ces demoiselles qu’il avait sauvées du dragon et de tous les gens pour lesquels il s’était battu dans les croisades parce qu’il ne s’aimait pas lui-même.

Il pleura encore plus amèrement en se rendant compte que s’il ne s’aimait pas lui-même, il ne pouvait pas aimer les autres, car le besoin qu’il avait d’eux se mettrait toujours en travers.

Au moment où cette idée s’imposa à lui, une brillante lumière apparut tout autour de lui, là où auparavant régnait l’obscurité. Une main douce toucha son épaule. Levant les yeux à travers ses larmes, il vit Merlin lui sourire.

« Tu as découvert une grande vérité, dit le magicien au chevalier. Tu ne peux aimer les autres que dans la mesure où tu t’aimes toi-même.

– Mais comment puis-je m’aimer moi-même ? demanda le chevalier.

– Tu viens juste de commencer : en sachant ce que tu sais, dit Merlin.

– Je sais que je suis un imbécile, dit le chevalier en sanglotant.

– Non, tu connais la vérité et la vérité est amour. » (…)

[Robert Fisher, Le chevalier à l’armure rouillée, Ambre Editions, 2006, pp. 83-88]

Cher Unique Lecteur, je te laisse pour le moment sur ce long extrait.

Mon Neurone Mou Emu continuera à écrire dans un autre billet… Je te souhaite une journée lumineuse !

Mains Tenant, 12 septembre 2011

(mise à jour et nouvelle publication octobre 2013 – liens rompu > patience…)
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