La Saint Chronique

le chevalier à l’armure rouillée *1

 

[extrait]

°°
Comme le chevalier allait se remettre en route, Rebecca vola hors de l’obscurité qui était devant lui.
« Oh, dit-elle, toute excitée. J’ai quelque chose à te montrer ! »
Le chevalier n’avait jamais vu Rebecca aussi agitée. Elle, qui était généralement très calme, sautillait sur son épaule et se contenait à grand-peine. Elle conduisit le chevalier et Ecureuil devant un grand miroir.
« C’est là ! C’est là ! » Elle pépiait à tue-tête et ses yeux brillaient d’enthousiasme.
Le chevalier fut déçu. « Ce n’est qu’un vieux miroir minable ! dit-il avec impatience. Allons, continuons.
– Ce n’est pas un miroir ordinaire, insista Rebecca. Il ne montre pas ce dont on a l’air. Il montre ce que l’on est réellement. »
Le chevalier fut intrigué, mais pas très enthousiaste. Il ne s’était jamais soucié des miroirs, parce qu’il ne s’était jamais trouvé beau. Mais Rebecca insistait tellement qu’à contrecœur, il se planta devant la glace. A sa grande surprise, au lieu d’un homme grand, avec des yeux tristes et un long nez, engoncé jusqu’au cou dans une armure, il vit un individu charmant et vivant, dont les yeux brillaient de compassion et d’amour.
« Qui est-ce ? » demanda-t-il.
Ecureuil répondit : « C’est toi.
– Ce miroir est un menteur, dit le chevalier. Je ne suis pas comme ça.
– Tu es en train de voir le véritable toi, expliqua Sam, celui qui vit sous ton armure.
– Mais, protesta le chevalier, regardant le miroir de plus près, cet homme est un spécimen parfait. Son visage reflète la beauté et l’innocence.
– C’est là ton potentiel, répondit Sam : beauté, innocence et perfection.
– Si c’est là mon potentiel, dit le chevalier, il s’est passé quelque chose de terrible, qui m’a empêché d’arriver jusqu’à lui.
– Oui, répondit Sam, tu as mis une armure invisible entre toi et tes véritables sentiments. Elle est là depuis si longtemps qu’elle est devenue visible et permanente.
– Il est bien possible que j’aie caché mes sentiments, reconnut le chevalier. Mais je ne pouvais pas dire tout ce que j’avais envie de dire, ni faire tout ce que j’avais envie de faire. Personne ne m’aurait aimé. » En disant ces mots, le chevalier s’arrêta net : il venait de prendre conscience qu’il s’était conduit toute sa vie de façon à être aimé des autres. Il pensa aux croisades auxquelles il avait participé, aux dragons qu’il avait tués et aux demoiselles qu’il avait sauvées de la détresse, tout cela pour prouver qu’il était bon, gentil et plein d’amour. En vérité, il n’avait pas besoin de prouver quoi que ce soit. Il était bon, gentil et plein d’amour.
– Nom d’un javelot sauteur ! s’exclama-t-il. J’ai gâché ma vie !
– Non, dit Sam aussitôt. Tu ne l’as pas gâchée. Il t’a simplement fallu du temps pour apprendre ce que tu viens d’apprendre.
– J’ai encore envie de pleurer, dit le chevalier.
– Là oui, tu perdrais ton temps », affirma Sam. Il se mit à chanter cette petite mélodie : **Les larmes de l’apitoiement sur soi-même finissent en dégoût, pour sûr. Ce ne sont pas celles-là qui feront rouiller ton armure.**

°°

extrait du livre Le Chevalier à l’armure rouillée de Robert Fisher

♥♥♥

le livre complet en anglais est en téléchargement sur Scribd.com > The Knight in Rusty Armor

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